«Ce type-là ne saurait jamais ce qu'était un vrai bonheur, une vraie fierté. Il y a des gens qui manquent définitivement de profondeur. Non que je veuille me faire passer, moi, pour quelqu'un de particulièrement profond. Ce que je veux dire, c'est que certains ont la capacité de comprendre l'existence de la profondeur, d'autres non. Les gens comme Aoki n'ont pas cette capacité. Ils mènent une vie plate, vide. Cela n'a aucun sens d'attirer l'attention des gens, de gagner extérieurement. Aucun sens.»
«De temps en temps, je me demandais: mais quel genre de vie est-ce là ? Je n'en ressentais pas vraiment le vide, je m'étonnais seulement de ne pas pouvoir distinguer la veille du lendemain. Simplement parce que j'étais complètement accaparée, englobée par cette vie-là. Parce que le vent effaçait les traces de mes pas avant même que j'aie pu les voir. Dans ces moments-là, j'allais dans la salle de bain, et je me regardais dans la glace. Je fixais mon visage pendant une quinzaine de minutes. La tête vide, sans penser à rien. Je regardais mon visage, comme un simple objet. Et mon visage se séparait peu à peu de moi. Il devenait une pure chose, qui existait là, en même temps que moi. C'est ça, la réalité, me disais-je alors. Les traces de pas qu'on laisse, tout ça qui s'en soucie ? Moi aussi, je coexiste comme ça avec la réalité, et c'est ça le plus important.»
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Le Silence, Haruki Murakami
«De temps en temps, je me demandais: mais quel genre de vie est-ce là ? Je n'en ressentais pas vraiment le vide, je m'étonnais seulement de ne pas pouvoir distinguer la veille du lendemain. Simplement parce que j'étais complètement accaparée, englobée par cette vie-là. Parce que le vent effaçait les traces de mes pas avant même que j'aie pu les voir. Dans ces moments-là, j'allais dans la salle de bain, et je me regardais dans la glace. Je fixais mon visage pendant une quinzaine de minutes. La tête vide, sans penser à rien. Je regardais mon visage, comme un simple objet. Et mon visage se séparait peu à peu de moi. Il devenait une pure chose, qui existait là, en même temps que moi. C'est ça, la réalité, me disais-je alors. Les traces de pas qu'on laisse, tout ça qui s'en soucie ? Moi aussi, je coexiste comme ça avec la réalité, et c'est ça le plus important.»
Sommeil, Haruki Murakami
Extraits de nouvelles tirées de L'éléphant s'évapore.
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